En Occident, durant de longs siècles, les chirurgiens ont rasé des barbes et les barbiers ont opérés des hommes. En effet, chirurgiens et barbiers exerçaient la seule et même profession jusqu’à ce que l’Église décrète l’exercice de la chirurgie barbare. Les chirurgiens-barbiers, organisés jusqu’au XVIIe siècle en communautés de métiers n’ont d’autre choix que de fermer boutique.

Une tradition médicale écrite perdure depuis l’antiquité en parallèle à des pratiques empiriques transmises par voie orale. Il n’était donc pas rare de voir fermier-guérisseur et autres serveuses-sage-femmes. La chirurgie se pratiquait donc dans l’espace public sans aucune réglementation et parallèlement à une médecine agricole ou domestique. Tout amateur, quelque peu éclairé, pouvait donc exercer ses talents et saigner des corps.  Des détrousseurs de cadavre, quelque peu doués, ouvraient et découpaient les corps sans aucune forme de contrôle.

Les chirurgiens-barbiers : la vision moyenâgeuse de la médecine

Ouvrier-chirurgien, métier d’avenir

Lorsque l’Eglise déclare qu’elle déteste le sang (Ecclesia abhorret a Sanguine) et que les principaux hommes d’église ne peuvent plus pratiquer la chirurgie, cette dernière se retrouve reléguée parmi les disciplines honnies et disparait pour quelques siècles. Elle sera exercée par de simples manuels, des ouvriers du scalpel qui se contentent de couper des poils et de faire des saignées contre quelques pièces.

De par l’obscurité historique et intellectuelle du Moyen Age, la situation des chirurgiens et des barbiers apparait quelque peu obscure aux yeux des historiens. Une seule certitude : les grands chirurgiens lettrés et compétents demeuraient auprès des grands de ce mondes. Ainsi, cour royale, princes et seigneurs conservaient ces savants capables de guérir et de soulager. Le barbier chirurgien était cantonné quant à lui aux basses besognes de la petite chirurgie et était simplement autorisé à pratiquer des saignées, la pose de ventouses ou de pansements.

Louis XIV sauvé par la chirurgie

Ce n’est qu’en 1691 qu’un édit royal français sépare chirurgiens et barbiers-perruquiers. Toutefois, la véritable promotion sociale des chirurgiens devra attendre la  … fistule anale de Louis XIV. Débarrassée de cette douloureuse tuméfaction qui l’empêchait de s’asseoir, le Roi Soleil a considérablement contribué au retour en grâce des chirurgiens, lui qui répugnait à se faire opérer et qui ne portait aucune estime à cette corporation.

Le succès de l’opération encourage le Roi à promouvoir les chirurgiens tout en leur accordant ses faveurs et un statut royal. Charles-François Félix, Georges Mareschal, François Gigot de Lapeyronie, et Germain Pichault de La Martinière, qu’on appellera les « Quatre mousquetaires du Bistouri », profiterons de l’occasion pour demander au roi de promouvoir un enseignement spécifique de la chirurgie et pour séparer définitivement l’art de la barberie et celui de la chirurgie.